RENCONTRE AVEC
AGATHE ROTTIER,
Dieulefit, JUILLET 2026
Soudain, j’aperçois sa « magic box » : une boite en bois qu’elle a faite avec plusieurs petits tiroirs. Chaque tiroir raconte une exploration d’une roche, d’une pierre et comment elle se décline au grès des passages en haute température. Fascinant. C’est à ce moment que je comprends qu’Agathe n’est pas seulement une céramiste. Elle est une chercheuse, une exploratrice de la matière ! A partir de ces explorations, elle intègre ces morceaux, éclats de pierre, notamment du schiste, sur ces sculptures ; comme des éclats de lumières, du relief, des furoncles qui donnent matière à ses surfaces. Nous parlons transformation et impact de la cuisson.
Sur ce sujet Agathe est intarissable ! Elle m’invite à descendre dehors et ainsi entrouvrir la porte qui mène à son four. Déniché à Toulouse, il est son « partenaire » de création – un partenaire exigeant, capricieux et dont l’alimentation en 6 bouteilles de gaz par rang de trois, est tout un processus de surveillance et d’ajustements. Partenaire, jamais adversaire ! Compagnon de création, ils explorent ensemble les réactions, les ajustements possibles. « Que d’heures à rester auprès de mon four, à m’inquiéter des étapes de cuisson et de la température, pour finir à la gratitude du résultat ». Coté technique, sur ses grosses pièces, Agathe Rottier utilise le Colombin, ces anneaux de terre qu’elle monte petit à petit pour façonner ses sculptures. Ensuite elle sculpte la matière avec ses mains, ses doigts. Ses pièces montent ainsi avec notamment une forme triangulaire ; les pièces actuelles sont découpées en trois parties qui seront ainsi des strates superposables et aussi indépendantes. Toutes ses pièces sont brutes à l’extérieur, il n’y a que la terre nue et aucun traitement de surface ajouté.
« Toutes mes pièces sont travaillées à l’intérieur, tantôt avec des incrustations de roches, tantôt avec de l’engobe de porcelaine, de l’émail, parfois tout en même temps ». Agathe précise qu’elle utilise uniquement du grès et de la porcelaine dans son travail. Les pièces utilitaires reprennent sa marque de fabrique des impressions de doigts et même un pichet devient un objet de matière.Ce qui me touche chez Agathe Rottier, c’est l’alliance rare entre une maîtrise technique remarquable et une recherche artistique encore en pleine évolution. Son travail témoigne déjà d’une véritable singularité. J’aurai beaucoup de plaisir à suivre son parcours et à le faire découvrir dans le cadre de Terre & Lumière. Elle habite ses sculptures, elle leur rend une forme humaine. Lorsqu’elle évoque la Femme, Agathe aime qu’elle soit considérée dans sa globalité, son identité complète.
Ses sculptures ne cherchent pas à isoler un fragment du corps, mais à faire émerger une présence entière. Partager 2h de son temps à expliquer sa démarche n’est pas anodin, au milieu de plusieurs préparations d’expositions. J’ai beaucoup de gratitude de cette première rencontre en toute confiance. Son travail et des années d’apprentissage montrent tout le sérieux de sa production, tout en gardant un esprit libre et audacieux dans sa production.
Le regard curatorial Terre&Lumière
Je suis très touchée par les artistes qui cherchent autant qu’ils créent. Chez Agathe Rottier, la rigueur du geste dialogue avec une curiosité inépuisable pour la matière, les roches, le feu et leurs métamorphoses. Ses sculptures me semblent déjà porter une voix singulière dans la céramique contemporaine.
J’espère avoir le plaisir de faire découvrir son travail lors d’une prochaine journée Terre & Lumière, car certaines oeuvres prennent toute leur dimension lorsqu’on a rencontré la personne qui les a façonnées.
Matière : Grès, porcelaine, minéraux : schiste, quartz, granite…
Technique : Colombins et modelage
A découvrir : ses sculptures monumentales
Oeuvres
