La souveraineté économique renvoie à la capacité d’un État ou de l’Union européenne à maîtriser ses choix économiques, sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, protéger ses entreprises et orienter ses modèles de production.
La CS3D, quant à elle, impose aux entreprises européennes (ou opérant dans l’UE) d’exercer une diligence raisonnable pour prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement dans l’ensemble de leur chaîne de valeur.
La révision de la directive peut être reliée à la souveraineté économique à travers trois axes principaux : stratégique, normatif et industriel.
1. 📌 Axe stratégique : sécuriser et maîtriser les chaînes de valeur
La CS3D oblige les entreprises à mieux connaître et contrôler leurs chaînes d’approvisionnement.
Cela sert directement la souveraineté économique :
✔ Cartographier les risques = réduire la dépendance
Les obligations de traçabilité et d’évaluation des risques permettent d’identifier les dépendances critiques (matières premières, fournisseurs uniques, zones géopolitiquement instables).
Cela facilite les politiques européennes de diversification ou de relocalisation stratégique.
✔ Anticiper les ruptures et renforcer la résilience
La directive incite les entreprises à développer des plans de prévention, ce qui contribue à une résilience économique européenne, un élément clé de la souveraineté.
2. 📌 Axe normatif : affirmer la souveraineté réglementaire de l’UE
La révision de la CS3D s’inscrit dans la stratégie de l’UE visant à devenir un régulateur mondial.
✔ Le modèle européen comme standard international
– Une directive ambitieuse crée un effet d’entraînement :
– les entreprises non européennes doivent se conformer aux règles européennes pour accéder au marché,
– ce qui renforce la souveraineté normative de l’UE (le “Brussels effect”).
✔ Autonomie face à des modèles extra-européens
En consolidant un cadre exigeant, l’UE réduit sa vulnérabilité aux standards imposés par :
– les États-Unis (logique plus financière),
– la Chine (logique plus étatique-industrielle).
– La CS3D devient ainsi un instrument de puissance douce.
3. 📌 Axe industriel : transformer le modèle productif européen
La diligence raisonnable n’est pas seulement un cadre éthique :
elle influence la structure même de l’industrie européenne.
✔ Favoriser des chaînes de valeur locales ou “friendshored”
Des exigences plus strictes incitent à :
– relocaliser certaines activités,
– créer des partenariats avec des pays jugés plus fiables,
– soutenir des filières européennes stratégiques (batteries, textiles responsables, électronique, matières premières critiques).
✔ Soutenir les PME et les filières essentielles
La révision de la CS3D peut être articulée avec :
– l’Industrial Act,
– la Critical Raw Materials Act,
– et les politiques de transition écologique.
Ce croisement politique permet de défendre une industrie européenne autonome, alignée sur les objectifs environnementaux.
🎯 Conclusion : un lien étroit et politiquement utile
Lier souveraineté économique et CS3D revient à montrer que la directive :
– Sécurise et rend plus résilientes les chaînes d’approvisionnement (souveraineté stratégique).
– Renforce la capacité de l’UE à imposer ses règles (souveraineté normative).
– Transforme et protège l’industrie européenne (souveraineté industrielle).
Autrement dit, la CS3D n’est pas seulement un texte RSE :
➡️ c’est un outil de puissance économique européenne.

